Je sais, c'est facile comme procédé. On sort deux/trois morceaux et au bout de quelques mois on balance une compile... Mais là, j'avais envie...
Jeudi, 19h30, je quitte l'agence pour retrouver ma petite famille.
Pratiquement une heure de transport parisien : deux lignes de métro et un bus.
Chaque
matin et chaque soir, même combat, accompagné d'un livre et de mon iPod
qui me plongent dans ma petite bulle... Malgré tout, je garde un oeil
sur mon entourage, mes voisins... par curiosité et par paranoia... on
ne sait jamais... Ce qui me fait relire certains paragraphes plusieurs
fois, capté que je suis par une belle femme, un homme qui a une
tronche, un individu louche, un saltimbanque qui vient nous balancer
les sons insupportables de son accordéon...
Jeudi, je monte dans la rame qui vient de stopper sur le quai de la
ligne 4 de la station Chatelet, direction Montparnasse. Il y a du
monde... pas moyen d'ouvrir mon livre, alors je me laisse porter par ma
musique, ce sont 3 morceaux de Massive Attack qui s'enchainent... je
regarde autour de moi, les visages, des hommes, des femmes, des ados,
des viellards brinqueballés ... et un visage ! ce visage... Un déclic
dans ma mémoire... je le connais... il me semble le reconnaitre...
Un
saut dans le passé de plus de 17 ans... cela fait plus de 17 ans que
tout cela est arrivé, dans un autre pays, l'espace d'une nuit...
Flashback sur ce visage... une comparaison avec l'image de mon souvenir... non, ce n'est pas lui !...
Mais si cela avait été lui ??... je me retrouve face à ma réalité, face à l'un de mes plus sérieux fantomes.
Que
ferais-je si, aujourd'hui, je me retrouvais en face de lui ? Je lui
cracherais au visage ? je le tuerais ? je ne ferais rien ?
Mon coeur s'est emballé... la station Montparnasse a pointé le bout de son nez... je me suis échappé pour regagner ma vie...
Un été prometteur
Presque 18 ans plus tôt...
Fin juillet, je rentre d'un mois de vacances en colonie. J'ai 13 ans et je viens de vivre une expérience incroyable : première petite copine ! C'était un mois de juillet magnifique dans le sud-ouest de la France. Plein d'amis, pleins de beaux souvenirs et cette fille... Je ne me souviens plus de son prénom... Dans mon souvenir, elle est Marylin. La robe et l'étole blanche qu'elle portait lors de cette soirée déguisée flottent encore dans ma tête. A cause de cela, elle restera pour moi, Marylin.
Très jeune, j'ai eu des amourettes, des promesses d'enfants d'amour éternel. Toujours en vacances. Rarement dans le cadre scolaire. Je crois qu'elles se sont toutes appelés Virginie.
L'été précédent, j'avais raté mon entrée chez les MECS ! Plusieurs filles me jetaient des regards timides et intéressés. Moi, c'était Elodie, la plus expérimentée, qui m'attirait. Et cela semblait réciproque. Mais naïf, je n'ai pas caché mon inexpérience pour les choses concrètes et importantes de la vie de tout adolescent. Finalement, en apprenant mon incompétence pratique, elle a lâché l'affaire, elle ne voulait pas jouer à l'éducatrice !
Mais l'été de mes 13 ans fut totalement différent. Dans ma tête, et
pendant toute l'année scolaire, je m'étais préparé mentalement aux
choses sérieuses. C'est cet été là que tout allait commencer. Il y
avait Marylin. Fini les timides frolement sur les joues des filles !
Là, ce seraient lèvres contre lèvres, et si possible avec la langue !
Avant
de me lancer dans cette scène de cinéma, j'étais très angoissé.
Allait-elle acceptée ? Et surtout, quelle était la technique
règlementaire pour le mouvement de nos langues ? Dans sa bouche ? Dans
la mienne ? Des rotations sur la gauche ? Sur la droite ?...
Cela
faisait une semaine que nous étions inséparables. Tous autour, savaient
ce qui se tramait. Les moniteurs qui souriaient et les copains qui se
marraient dans leur coin. La pression montait.
L'exercice n'étant pas suffisament difficile, j'ai choisi de me lancer un après-midi, sur la plage, à la vue de tous.
Une soirée, dans l'obscurité, m'aurait été plus favorable...
Mais non ! En public...
CATASTROPHIQUE ! J'ai été d'une nullité incroyable ! Je me faisais honte d'avoir si peu de technicité et surtout, qu'elle s'en rende compte !
Le soir même, notre romance a sombré.
Le coeur chargé d'émotions...
Joyeux et déçu...
Déçu de cette trop brève histoire.
Joyeux de ne plus être réellement dans le camp des gamins.
Joyeux et déçu, je rentre de colonie un peu plus grand et je m'apprête à partir en camp d'ado itinérant au Maroc.
Du haut de mes 13 ans, je suis un homme qui part conquérir le monde...
Confrontation
Ils étaient trois face à nous, dans ce bureau exigu.L’inquisition
retrouvée et ses victimes torturées...C’est le sentiment que j’avais de
cette situation qui me rendait malade, faible et qui me rongeait des
tripes à la tête. Un goût désagréable dans la bouche, j’essayais de
répondre à leurs questions.
Marie était présente à mes cotés, ainsi que Benoit, qui se tenait derrière nous.
Les deux victimes et leur chaperon...
Leurs questions me donnaient la nausée et me faisaient honte. J’avais
treize ans et bien que je pensais le contraire un mois plus tôt, je ne
me sentais pas Homme. Toutes ces phrases, ces questions, ces mots qui
résonnaient en moi, me réduisaient à l’état de poussière insignifiante.
- Pourquoi êtes-vous allés dans cette chambre ? ...
Depuis quand connaissez-vous cet homme ?...alors, répondez !
-Je...heu...c’est moi, dit Benoit, je connais l’un de ces hommes. Lui
et ses amis nous ont proposé, pour nous aider, d’héberger certains des
jeunes...
J’essayais de répondre, mais cela m’était difficile. Pourtant, je voulais qu’ils attrappent cet enfoiré de lâche.
- Que vous a-t-il fait exactement ? il vous a pénétré ?...
Ces trois policiers me semblaient presque amusés par l’innocence cassée, bafouée de deux jeunes touristes. Nous étions fautifs.
La haine s’ajouta alors à ma honte et mon dégoùt, j’aurais voulu
mourir, diparaitre à jamais, ou simplement me réveiller et me dire que
ce n’était qu’un très mauvais rêve.
Hélas, non...La réalité était bien là et elle m’assomait.
Je ne sais pas ce que ressentais Marie qui avait en partie subit les assauts de ce primate et surtout assistée à mon agression.
Nous sommes sortis de cette pièce raisonnante d’horreur. Nous avons
pris le couloir qui nous menait vers l’extérieur. De chaque coté de
cette allée se trouvaient des portes, pour la plupart toutes fermées.
Le temps de traversée me semblait interminable. La porte de sortie
s’éloignait de nous, à mesure que nous avancions. Le temps n’était
plus...
La fuite tardait à venir, et là...là...une porte ouverte...des paroles...des injures...le mépris...
J’ai regardé et je l’ai vu, lui, cet homme commun, ce guide touristique
qui l’espace d’une nuit n’a pu retenir ces pulsions les plus vils, les
plus basses, primitives, sales...gerbantes.
Je ne voulais plus mourrir mais vivre et tout comme lui, laisser
s’exprimer mes instincts. Mais les miens auraient été plus destruteurs.
Si seulement j’en avais eu le courage.
Il m’a regardé, presque étonné que j’ai osé le dénoncer, lui qui m’avait donné du plaisir...
J’ai soutenu son regard. Il ne me faisait pas peur, je me sentais
capable de l’écraser dans la paume de ma main, de lui arracher la tête,
de lui pisser dessus.
Du regard, je l’ai tué.
J’ai fui, je voulais oublié.
La visite au commissariat a duré toute la matinée. Nous leur avons
donné les preuves de notre présence dans la chambre de cet individu.
Cependant, il nous faudrait revenir l’après-midi pour témoigner à
nouveau devant un haut fonctionnaire de la justice marocaine.
Cette visite fut bien plus pénible que le commissariat.
Pour nous aider à oublier ce terrible désagrément, le directeur de
l’hotel nous a invité, à ses frais, à passer une nuit dans ce superbe
endroit : chambres luxueuses, restaurant et piscines.
Il ne fallait surtout pas entaché la réputation de ce respectable
établissement. Après tout, rien ne l’obligeait, nous étions les
fraudeurs.
Mais la punition restait démesurée.
Nous avons donc passé l’après-midi au bord de la piscine, parmis les
riches clients qui s’offraient des cocktails et qui riaient aux éclats.
L’invitation du directeur ne comprenait évidement pas, les
consommations et nourritures. Dommage, car une petite cuite ne m’aurait
pas fait de mal !
Marie et moi restions hagards, meurtris, tandis que nos camarades
s’amusaient, bien que conscients de ce que nous avions vécu la nuit
précédente.
J’appréhendais le moment où nous devrions aller nous coucher et où ce
cauchemard prendrait toute son ampleur dans ma tête, seul avec
moi-même. C’est effectivement ce qui se passa. J’essayais tout de même
de penser à autre chose, à ce début d’été qui avait si bien commencé...
Je pensais à Marylin, à sa robe et son étole blanche qui flottait au
vent, à ce baisé si lamentable et tellement bon. A cette plage avec
tous les copains du mois précédent, nos activités et nos fêtes.
Sournoisement, les images de cette itinérance au Maroc s’insinuaient dans mon esprit, le début de ce périple...




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